Esclavage et réparation

LES AFRICAINS N'ONT JAMAIS VENDU LEURS FRÈRES

Les demandes de réparations ont-elles une chance d’aboutir ?

Personne ne peut s’opposer décemment à des demandes de réparations morales, aussi est-il souvent plus facile de s’opposer aux réparations financières en soulignant la difficulté à démontrer, par des documents appropriés, le fait d’être réellement descendant d’esclaves.

Ainsi, François Hollande dans son intervention le 10 mai dernier, lors de la commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, insistait sur le devoir de mémoire en matière d’esclavage et il énumérait les sites dédiés à la mémoire de celui-ci. Cependant, il répondait négativement en ce qui concerne les réparations financières évoquant “d’impossible réparation” et estimant que « l’Histoire ne s’efface pas. Elle ne peut faire l’objet de transactions au terme d’une comptabilité qui serait en tous points impossible à établir. Le seul choix est celui de la mémoire, de la vigilance et de la transmission ». [<[19]span>

En fait, cette distinction entre réparation morale et financière est très artificielle, car les réparations morales ont un coût, qu’il s’agisse de construire des monuments, d’encourager les recherches et les projets éducatifs. De même, les réparations financières ont une valeurmorale [<[2]Ainsi, lorsque François Hollande a annoncé dans cette intervention que l’État apporterait sa contribution au Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre (jusqu’à présent uniquement financé par la région Guadeloupe), il s’agit à la fois de réparations morale et financière. S’il est important que les Outre-marins disposent d’un lieu dédié à leur Histoire, on peut regretter cependant que ce musée n’ait pas été initié en métropole, où il est plus que nécessaire de faire connaitre aux métropolitains cette part de l’Histoire de France trop peu enseignée.

Que conclure sur les réparations liées à l’esclavage ?

• Que l’esclavage et la traite négrière aient été une abomination ? — Nul ne peut le contester. À ceux qui répondent que l’esclavage a toujours existé, on répondra que la traite négrière et l’esclavage transatlantique ont cependant des caractéristiques particulières. En effet, ils ne résultent pas d’un continuum historique, mais ont été froidement décidés pour des raisons économiques : se procurer une main d’œuvre à bon marché, plus résistante que les populations amérindiennes exterminées aux XVe et XVIe siècles.

Ce trafic est d’autant plus odieux qu’il s’appuyait sur une hiérarchie des races et sur le fait que les esclaves étaient considérés selon le Code noir de 1685 comme des « biens meubles ».

• Que les réparations soient justifiées ? — Oui, sans aucun doute.

• Sous quelle forme ? — Celles que les militants de ce combat pourront obtenir, qu’il s’agisse de réparations financières individuelles lorsque des descendants d’esclaves ont le courage d’aller en justice, ou collectives, lorsqu’il est possible de démontrer qu’une entreprise française s’est enrichie grâce à l’esclavage.

La construction d’un musée de l’esclavage ou au moins de salles permanentes d’exposition sur ce sujet au Musée du Quai Branly, par exemple, devrait être une évidence. Il en est de même pour l’encouragement de la recherche sur ce sujet.

Et nous conclurons avec Louis-Georges Tin : « La demande de réparation ne vise pas à renforcer la haine sociale. Dans les départements d’Outre-mer, ces questions sont encore source de colères… Plus de 160 ans après l’abolition, le contexte est toujours très tendu… Le sentiment d’injustice est fort, la domination coloniale, la domination raciale et la domination économique conjuguant leurs effets délétères. Mettre en place une logique de réparation permettrait de sortir par le haut de ce contentieux historique. Il faudrait un processus en trois temps : reconnaissance, réparation et réconciliation. La reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité a été obtenue par la loi Taubira. La réconciliation véritable, objectif final, ne pourra se faire sans réparation véritable »