Aretha Franklin - Aimé Césaire

ARETHA FRANKFLIN LA REINE DE LA SOUL S'EN EST ALLEE

La « Lady Soul » est morte jeudi, à l’âge de 76 ans, d’un cancer du pancréas. Avec elle s’éteint la plus majestueuse et impressionnante voix féminine de l’histoire de la musique soul.

« J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise. » C’est avec les compliments indignés de l’auteur, Otis Redding, que fut saluée au printemps 1967 l’ascension d’une jeune femme qui avait littéralement dépossédé de son œuvre la star de la musique soul. D’un titre certes tonique mais qui se limitait à évoquer une banale querelle de ménage, Aretha Franklin avait fait de Respect un hymne universel pour l’égalité. Celle des Noirs par rapport aux Blancs au temps du Mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King, mais aussi celle de la femme (quelle que soit sa couleur de peau) face à l’homme, défié afin de montrer ce dont il est capable – le « sock it to me » provocateur lancé par le chœur comprend des sens multiples, y compris sexuel.

Jubilatoire avec sa bourrasque vocale, sa guitare funky et ses claquements de cuivres, Respect hissa aussitôt Aretha Franklin au sommet des classements américains de ventes de disques, qui pratiquaient alors, derrière l’alibi des genres, la ségrégation raciale : rhythm’n’blues (pour le public noir) et pop (pour les Blancs). Aretha y gagna sa couronne de « reine de la soul », un titre qui ne lui fut jamais contesté par la suite. Le « roi » Otis devait, lui, périr dans un accident d’avion quelques mois plus tard.

Aretha Franklin est morte d’un cancer du pancréas, jeudi 16 août, à l’âge de 76 ans, a annoncé son agente Gwendolyn Quinn. Avec elle s’éteint la plus majestueuse et la plus impressionnante (quatre octaves) voix féminine de l’histoire de la musique soul. Peu importe que le meilleur de sa carrière, déclinante depuis le milieu des années 1970 et handicapée par des annulations de concerts pour problèmes de santé (en 2010, en mai-juin 2013, en 2017 et au printemps 2018), puisse se résumer à une courte période (1967-1972) qui se confond avec l’âge d’or de la maison de disques Atlantic.

La fille du révérend Clarence LaVaughn Franklin

La chanteuse imposa une image de forte femme (alors que sa nature était plutôt introvertie), jamais calculatrice. L’envers, en quelque sorte, de la sophistication maniérée de sa consœur et concitoyenne de Detroit (Michigan), Diana Ross, qui dut intriguer pour être projetée sous les feux de la rampe.

SON PÈRE, POUR LEQUEL ELLE VOUA UNE ADMIRATION ÉPERDUE DURANT TOUTE SON EXISTENCE, ÉTAIT UNE DES AUTORITÉS RELIGIEUSES LES PLUS RESPECTÉES DE LA COMMUNAUTÉ NOIRE

La muse de la musique s’était penchée sur le berceau de cette fille du révérend Clarence LaVaughn Franklin et de sa femme Barbara, pianiste et chanteuse. Née le 25 mars 1942 à Memphis (Tennessee), l’enfant est éduquée à l’église du gospel, ce qui est d’une grande banalité pour un(e) artiste de soul. Ce qui l’est moins, c’est sa parentèle. Son père, pour lequel elle voua une admiration éperdue durant toute son existence (il fut gravement blessé par des cambrioleurs en 1979, puis succombaaprès cinq années de coma), était l’une des autorités religieuses les plus respectées de la communauté noire.

Fondateur de la New Bethel Baptist Church de Detroit, le prêcheur rassemblait quelques milliers d’ouailles et réclamait la modique somme de 4 000 dollars par homélie. Il enregistra même ses sermons pour Chess Records, le label chicagoan du bluesman Muddy Waters et du rocker Chuck Berry, tous deux acquis à la « musique du diable ».

Ce père fumeur de cannabis avait donc les idées larges : le jazz était non seulement toléré, mais convié dans la grande maison familiale de Detroit fréquentée par le pianiste Art Tatum et par les chanteurs de gospel Mahalia Jackson et Sam Cooke, qui seront les modèles d’Aretha.

A 14 ans, premiers enregistrements et premier enfant

Séparé de sa femme, le révérend Franklin y élève quatre de ses cinq enfants et n’a de cesse d’encourager sa fille prodige. A l’âge de 5 ans, Aretha chante déjà à l’église. A 11 ans, alors qu’elle vient de perdre sa mère, elle est promue soliste et commence à graver ses premiers enregistrements à 14 avec l’album Songs of Faith, publié par un petit label local. Précoce. Pas seulement pour la musique, puisque, cette même année, elle donne naissance à un fils.

La surdouée participe aussi aux tournées évangéliques de son père, ce qui la confronte au racisme, à ces restaurants ou stations-service refusant de servirles Noirs. Sa réputation grandit à tel point que deux maisons de disques l’approchent : Gordy, fondée à Detroit par un ancien ouvrier de Chrysler et qui deviendra mondialement célèbre sous le nom de Tamla Motown, et RCA, sur la recommandation de Sam Cooke.

JOHN HAMMOND, QUI A RÉVÉLÉ BILLIE HOLIDAY, ÉCHOUERA À FAIRE ÉCLORE LE TALENT D’ARETHA FRANKLIN

C’est finalement un Blanc, le découvreur de talents, John Hammond, qui obtient sa signature pour Columbia. Il a révélé Billie Holiday et s’apprête à faire de même avec Bob Dylan. Hammond emmène sa recrue à New York. Mystérieusement, il échouera à faire éclore son talent. On lui a souvent reproché de n’avoir pas saisi le potentiel de la jeune femme, de s’être trompé en l’orientant vers le jazz vocal et des reprises de standards. Il fut sans doute prisonnier des exigences de son employeur.

Après neuf albums et six années perdues, Aretha Franklin rompt avec Columbia en 1966. Bonne décision car son destin va brusquement s’accélérer lorsqu’elle rejoint Atlantic, le label des frères Ertegun et du producteur Jerry Wexler, qui accompagne la carrière de Ray Charles. La séance d’enregistrement de I Never Loved a Man (The Way I Love You) est entrée dans l’histoire : la jeune fille de bonne famille noire et nordiste atterrit dans le Sud profond et se retrouve face aux musiciens blancs des studios FAME, à Muscle Shoals. Dans cet Alabama de sinistre réputation où ont été réprimées dans le sang, moins de deux ans plus tôt, les marches de protestation de Selma à Montgomery.

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Un climat de méfiance réciproque s’installe, une rixe éclate même entre le mari d’Aretha, Ted White, et le trompettiste de la session. Abus de bourbon ? Conflit racial ? La chanteuse repart précipitamment de Muscle Shoals, mais une prise, miraculeuse, a pu être réalisée. Elle ne s’est pas laissée impressionner, s’est installée au piano (un instrument qu’elle aura la mauvaise habitude de délaisserpar la suite), pour mener le groove avec l’orgue, provoquer avec ses acrobaties vocales le crescendo de la batterie et des cuivres, puis amorcer le retour au calme.

I Never Loved a Man est immédiatement diffusé par les radios, mais Jerry Wexler ne renouvellera pas l’expérience en Alabama. Il fait venir les Sudistes de Muscle Shoals aux studios Atlantic de New York pour finir l’album. S’y ajoutent le saxophoniste King Curtis, les Memphis Horns, cuivres du label Stax, et les Sweet Inspirations aux chœurs (avec Cissy Houston, la mère de Whitney).

Avec la complicité experte de Wexler, les chansons enregistrées pendant les trois ans qui suivent vont constituer un best of d’Aretha Franklin : Respect, évidemment, mais aussi Baby I Love You, Chain of Fools, Think ou The House that Jack Built. Le phénomène transforme en or gospel tout ce qu’il touche, le sentimentalisme bouleversant d’Ain’t No Way, écrit par sa jeune sœur, Carolyn, comme les mélodies pop sophistiquées de Carole King et Gerry Goffin (You Make Me Feel Like a Natural Woman) et de Burt Bacharach (I Say a Little Prayer). Trois albums de ces années-là sont devenus d’immanquables classiques : outre I Never Loved a Man The Way I Love YouLady Soul et Aretha Now, tous deux parus en 1968, année où elle fait la couverture de Timesous le bandeau « Le son de la soul ». Son chant résonne dans tous les transistors d’Amérique et d’ailleurs.

Début du déclin artistique

Sa voix vertigineuse a trouvé l’équilibre parfait entre ferveur et douleur. Car ce qui filtre bientôt de sa vie est moins radieux : un mari violent qu’elle quitte en 1969, le compagnonnage fidèle de l’alcool.

LA SOUL ENTRE DANS UNE PÉRIODE TROUBLE ET SOMBRE. SUR LE PLAN MUSICAL, L’HÉDONISME REVIENDRA SOUS LA FORME DU FUNK PUIS DU DISCO

L’enthousiasme de la soul, symbole de la fraternité entre musiciens noirs et blancs, a été rattrapé par les émeutes urbaines de l’été 1967. Comme beaucoup d’autres, le révérend Franklin, qui fut partisan de Martin Luther King – Aretha chante aux obsèques du docteur, en avril 1968 –, se radicalise et fréquente des groupes communautaires. La soul entre dans une période trouble et sombre. Sur le plan musical, l’hédonisme reviendra sous la forme du funk, puis du disco. Politiquement, il faudra attendre quatre décennies pour qu’un président noir soit élu. Ce sera Barack Obama qui, comme tout admirateur, peine à contenir son émotion quand la « Lady Soul » commence à chanter. Ce fut le cas en janvier 2009, lors de sa cérémonie d’investiture. Aretha Franklin y fait sensation avec sa toque grise à énorme nœud en interprétant une version gospel de l’hymne patriotique My Country, ’Tis of Thee.

La décennie 1970 marque l’apogée commercial et l’entame du déclin artistique (aggravé par le départ de Wexler d’Atlantic en 1976) d’une chanteuse qui semble parfois se contenter de vivre sur ses acquis. Adoptée par la génération hippie, comme en témoigne le bouillant double live capté en mars 1971 au Fillmore West de San Francisco, la star collectionne toujours les hits – Bridge Over Troubled Water, Spanish Harlem ou Rock Steady – et collabore avec les plus grands musiciens de son temps, Quincy Jones, Curtis Mayfield ou Lamont Dozier, un des génies de la Motown. Elle publie encore de grands albums, plus orchestrés et au tempo ralenti, tels Spirit in the Dark (1970) ou Young, Gifted & Black (« jeune, talentueuse et noire », 1972), une proclamation empruntée à Nina Simone. Sur scène, elle cultive son personnage de diva imprévisible et capricieuse aux robes extravagantes, les cheveux ramenés en chignon ou coiffés d’un boubou « Back to Africa ».

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Retours à la source du gospel
En même temps, elle retourne régulièrement à la source du gospel, cette musique dont elle a proposé une forme profane sans jamais la profaner. Elle y retrouve le feu sacré, que ce soit avec Amazing Grace (1972), dont l’enregistrement, dans un temple baptiste de Los Angeles, a été filmé par Sydney Pollack et a fait l’objet d’un documentaire dont la diffusion est bloquée depuis 2015 par les avocats de la chanteuse. Ou avec le double album One Lord, One Faith, One Baptism, capté en 1987 à la New Bethel Baptist Church, là où, pour elle, tout a commencé.

A cette date, pourtant, sa carrière est dans une impasse. Sa rupture avec Atlantic à l’aube des années 1980 a été fatale. Chez Arista, elle commence par présenter la caricature qu’on attend d’elle dans le film The Blues Brothers. Progressivement, ses choix semblent ne tendre qu’à un seul but : toucher le public adulte et conservateur qui dispose du plus fort pouvoir d’achat, à l’exception, tardive, de l’album A Rose Is Still a Rose (1998), dont la chanson-titre est écrite par Lauryn Hill. Sa consœur Tina Turner est parvenue ainsi à revenir au premier plan, pourquoi pas elle ? Cette stratégie passe par une succession lassante de duos, avec Eurythmics et Frank Sinatra, George Michael ou Elton John. Très amaigrie, Aretha Franklin avait chanté en novembre 2017 au profit de la Fondation de la lutte contre le sida de ce dernier, lors de sa dernière apparition scénique. Précédemment, elle avait fait annoncer un nouvel album, avec les participations de Stevie Wonder, Lionel Richie et (encore) Elton John.

 Lire (en édition abonnés) :   La délicieuse ivresse de la soul music

Ses disques, aux ventes décevantes, s’étaient fâcheusement mis à ressembler à ceux de Whitney Houston, la protégée de Clive Davis, patron d’Arista, en empruntant peu à peu les formes les plus mécaniques et aseptisées du R’n’B, cet avatar moderne du rhythm’n’blues. Elle reste néanmoins un modèle pour des générations de chanteuses, notamment les candidates aux académies de la télé-réalité, qui tentent souvent d’imiter ses envolées en forçant leur timbre alors que tout l’art d’Aretha reposait sur la maîtrise de ses capacités naturelles. Mais même dans les plus médiocres moments de sa carrière, sa voix ne pouvait trahir ses origines. Sous le vernis clinquant de la production, on entendait encore par bribes la violence du blues et l’espoir du gospel.

Aimé Césaire LE GRAND MONUMENT

Sans

 

Aimé CESAIRE

est né le 26 juin 1913 au sein d’une famille nombreuse de Basse-Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique dont la « lèche hystérique » viendra plus tard rythmer ses poèmes. Le père est un petit fonctionnaire. La mère est couturière. Aimé CESAIRE, élève brillant du Lycée Schoelcher de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du Gouvernement Français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée Parisien que, dès son arrivée, le jeune CESAIRE rencontre Léopold Sédar SENGHOR, son aîné de quelques années qui le prend sous son aile protectrice. Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé CESAIRE et son ami Guyanais Léon Gontran DAMAS, qu’il connaît depuis le Lycée Schoelcher, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont il prenne progressivement conscience au fur et à mesure qu’émerge une consciente forte de la situation coloniale. En septembre 1934, CESAIRE fonde avec d’autres étudiants Antillo-Guyanais et Africains (Léon Gontran DAMAS, les Sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et Birago DIOP), le journal l’Etudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ». Ce concept, forgé par Aimé CESAIRE en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et d’autre part la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l’honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. CESAIRE déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ». Admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1935, CESAIRE commence en 1936 la rédaction de son chef d’œuvre, le « Cahier d’un Retour a u Pays Natal ». Marié en 1937 à une étudiante martiniquaise, Suzanne ROUSSI, Aimé CESAIRE, agrégé de lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée Schoelcher En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple CESAIRE, épaulé par René MENIL et Aristide MAUGEE, fonde en 1941 la revue Tropiques, dont le projet est la ré-appropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. La seconde guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’une situation économique très difficile, l’Envoyé du Gouvernement de Vichy, l’Amiral ROBERT, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue Tropiques. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943. La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André BRETON. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de CESAIRE et le rencontre en 1941. En 1944, BRETON rédigera la préface du recueil Les Armes Miraculeuses, qui marque le ralliement de CESAIRE au surréalisme. Invité à Port-au-Prince par le docteur MABILLE, attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé CESAIRE passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l’œuvre d’Aimé CESAIRE, qui écrira un essai historique sur Toussaint LOUVERTURE et consacrera une pièce de théâtre au roi Henri CCRISTOPHE, héros de l’indépendance. Alors que son engagement littéraire et culturel constituent le centre de sa vie. Aimé CESAIRE est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’Amiral ROBERT, CESAIRE est élu Maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L’année suivante,
il est élu Député de la Martinique

 

à l’Assemblée Nationale. Le Député CESAIRE sera, en 1946, le rapporteur de la Loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements Français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d’une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation. Aimé CESAIRE est tout aussi conscient du danger d’aliénation culturelle qui menace les Martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités. Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris. CESAIRE fonde, dans la Capitale française, la revue Présence Africaine, aux côtés du Sénégalais Alioune DIOP, et des Guadeloupéens Paul NIGER et Guy TIROLIEN. Cette revue deviendra ensuite une maison d’édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l’égyptologue Cheikh Anta DIOP, et les romans et nouvelles de Joseph ZOBEL.

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Elle est née le 26 janvier 1944, à Birmingham, en Alabama à une époque où le racisme et les troubles politiques faisaient rage. Ses parents étaient enseignants, et dès son enfance, la petite Davis était plongée dans le milieu communiste, et reçoit déjà les influences de ce qui sera ses conceptions politiques, et ses convictions philosophiques.

En 1960, elle passe deux ans à étudier, à l'Ecole de Francfurt sous la direction de Theodore Adorno. De 1963 à 1964, elle suit des cours à Paris, puis elle rentre dans le Massachusetts à l'université de Brandeo. Après avoir obtenu sa licence en 1965, elle part en Allemagne pour ses études plus approfondies. De nouveau aux Etats Unis en Californie à l'université de San Diego, elle reçoit sa maîtrise en 1968. C'est à cette même année qu' elle devient membre du parti communiste, et des blacks panters. Son investissement dans ses 2 groupements lui valurent d'être surveillée de très près par le gouvernement des Etats Unis.

Après avoir enseigné pendant 1 an à l'université de Californie à Los Angeles, elle est renvoyé. Ce licenciement était principalement dû à son appartenance au parti communiste. En 1970 elle devient la troisième femme dans l'histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI.

Accusée de conspiration pour libérer Georges Jackson, le FBI estimait que Angela Davis avait armé des prisonniers dans la Cours du Conté de Marin .Elle dut passer 2 semaines à fuir la police. A cette époque on pouvait voir une pancarte affichée dans de nombreuses maisons, où on pouvait lire : " Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison".
Elle fut finalement découverte par la police dans un hôtel après avoir été accusée de meurtre et de kidnapping. Elle passa 16 mois en prison puis fut acquittée de toutes ses charges.

En 1971, ses essais dans lesquels elle détaille sa croyance en la doctrine communiste et ses pensées sur l'oppression raciale sont publiés.
Puis convaincue par ses amis,
elle écrit son autobiographie et se présente aux élections de 1980, sous les couleurs du parti communiste.
" Women, Race and class "publié en 1981 devient un classique du féminisme. En 1989 elle publie la première collection de ses discours de 1983 à 1987 ,intitulé " Women ,Culture and politic ".
De nos jours, Angela Davis continue son combat politique et social .C'est une théoricienne accomplie et cultivée, elle enseigne à l'Université de Californie à Santa Cruz et continue à faire des discours.

 

Un entretien avec Angela Davis sur les banlieues

-Propos recueillis par Sarah [Saint Denis], publiés dans Red
 Mise en ligne le lundi 6 février 2006
par  Angela Davis

Aux côtés de Malcom X et Martin Luther King, Angela Davis est une figure du mouvement Noir américain. Elle adhère au Parti Communiste. À 18 ans et devient membre des Black Panthers en 1967. Militante révolutionnaire, elle se bat pour l'égalité des noirs et des blancs, mais, également pour l'émancipation des travailleurs. Elle comprend très vite que seule l'unité des mouvements sociaux et politiques entre blanc et noir, homme et femme permettra de combattre la classe dirigeante. Cette compréhension sera la cause de sa condamnation à mort en 1972... C'est une mobilisation d'une ampleur internationale qui permit sa libération. Aujourd'hui, elle est toujours militante des luttes sociales et politiques aux États-Unis. Quel regard portes-tu sur la révolte des jeunes des banlieues populaires en France ?

_ Elle a de grandes similitudes avec les révoltes qui se produisent dans les ghettos aux Etats-Unis. Les dernières émeutes importantes ont eu lieu en 1992 à Los Angeles et étaient basées sur le même sentiment de frustration chez les jeunes noirs américains. On s’aperçoit le racisme y est pour beaucoup. Aux Etats Unis comme en France ces « troubles » ont les mêmes origines et nécessitent le même type de réponse même si des différences existent, du fait des histoires différentes des ghettos US et des banlieues françaises. Les jeunes exigent du changement social et la fin de la « ghettoïsation » et des discriminations envers les communautés de l’immigration post-coloniale. Aux USA, c’est la fin d¹un système issu de l’esclavagisme qui est demandé par les jeunes des ghettos. Ces révoltes ne sont pas isolées de la lutte globale que des millions de gens mènent tous les jours. Comme la situation économique, politique et sociale, dans les quartiers populaire est une conséquence directe des politiques du FMI ou de la Banque Mondiale, les révoltes spontanées de nos frères des quartiers sont aussi une réponse à ces politiques. Comme les dirigeants ont une stratégie globale pour contrôler le monde, nous devons nous aussi en développer une et la révolte des ghettos doit en faire partie. Ce que montre toutes les révoltes qui prennent la forme d¹émeutes c¹est la faiblesse des directions politiques. Lors des émeutes de Watts, en 1965 aux USA, c’était extrêmement clair pour n’importe quel Noir américain qui participait au mouvement des droits civiques de près ou de loin depuis plusieurs années. Ces émeutes avaient eu une issue positive avec la création du Black Panthers Party, en 1966, qui était un outil pour tous ceux qui voulait se servir de leur frustration comme d¹une arme politique.

Tu as passé du temps en prison dans les années 70 et aujourd¹hui, tu t¹engages particulièrement dans la lutte contre le système de détention et la peine de mort aux USA. Quelle est ton analyse à ce sujet ?

C¹est le sujet de mon prochain livre, notamment à partir du Patriot Act. L¹industrie d’armement et les institutions militaires sont des éléments centraux de l’économie américaine, en liaison avec les entreprises, les médias, les élus et la haute hiérarchie militaire. Là-dedans, les prisons sont devenues une donnée essentielle de l’économie américaine. Aux USA, il y a 2 millions de personnes emprisonnées, c¹est donc bien une politique volontariste d’enfermement qui sévit. Cela rentre dans un fonctionnement économique et politique complexe mais qui se construit depuis longtemps et qui est issu du système esclavagiste où l¹on privait les gens de leur liberté pour exploiter leur force de travail. La punition et la privation de liberté sont des armes historiques aux Etats-Unis, tant sur le plan économique qu’idéologique. Cela permet de développer la peur, la normalisation des esprits et le racisme. Aux USA, on peut parler de « complexe industrialo-cancéral ». Au niveau international, la politique américaine est aussi largement basée sur ce concept de punition, d¹écrasement : la politique de torture à Abu Ghraib ou Guantanamo est directement issue de la gestion intérieure des prisons US et de la politique intérieures des USA en matière de racisme. La place de l¹industrie carcérale devient de plus en plus importante dans l¹économie mondiale. A travers elle et grâce à elle, c¹est toute une idéologie qui est prise comme modèle et c¹est face à cela qu¹il faut construire un grand mouvement contre celui qui l¹incarne : Bush. La guerre contre le terrorisme qu¹il a lancé a été un tremplin pour développer cette politique et cette idéologie mais, aujourd¹hui, après les révélations que Katrina a permis sur le racisme, le tout-sécuritaire et la chasse aux pauvres, cet homme est très affaibli. Nous devons continuer.

Tu parles de l¹esclavagisme comme d¹une logique économique et idéologique encore dominante aux USA. Quel est ton avis au sujet de la loi du 23 février 2005 qui réhabilite, en France, le colonialisme ?

Le racisme monte. Aujourd¹hui, vous êtes sous Etat d¹urgence et, je me souviens de ce que cela signifiait en 1961, alors que j¹étais à Paris pour mes études : les Algériens étaient victimes d¹un racisme qui m¹avait fait pensé au système ségrégationniste américain. Dire aujourd¹hui que la colonisation ait pu avoir un rôle positif est abject et raciste. Malheureusement, ce que cela montre c¹est que la poussée de l¹extrême droite est aussi une réalité en France et pas seulement aux USA. De plus, toute la politique française semble empreinte de racisme, c¹est une question qui va être importante à résoudre pour tous ceux qui veulent un changement social.

Stanley « Tookie » Williams a été exécuté par injection lundi dernier (12/12 ndlr) en Californie. A tous ceux qui demandaient sa grâce, Schwarzenegger, gouverneur de l¹Etat, a déclaré qu¹il ne pouvait gracier un homme qui avait dédié ses mémoires à des gens comme Angela Davis, Georges Jackson, Malcolm X, Nelson Mandela, etc... Après une telle déclaration, l¹exécution de Tookie Williams devient un véritable acte politique contre le mouvement Noir, non ?

Cette exécution m¹a énormément touchée. Depuis que Tookie a été condamné à mort, en 1981, une grande campagne de solidarité s¹est développée aux USA. J¹étais à la prison lundi et j¹ai assisté à la déclaration de Schwarzenegger. C¹est la première fois qu¹un condamné est exécuté alors qu¹une telle campagne a été menée. Nous ne pensions pas qu¹ils feraient l¹injection parce que le cas de Tookie a relancé la polémique sur la peine de mort. La fin de sa déclaration disait qu¹il ne pouvait gracier quelqu¹un qui prônait la violence comme programme politique. La peine de mort s¹est révélée comme l¹outil politique violent qui sert de réponse aux problèmes de la société que soulevaient, concrètement et symboliquement, Tookie. C¹est effectivement un acte politique de la part de Schwarzenegger contre le mouvement international pour la libération noire et son histoire surtout qu¹il a également cité Nelson Mandela. Schwarzenegger l¹a cité comme une personne dont on ne peut parler comme un héros alors que cet homme est un héros pour la majorité des peuples du monde entier. En citant Mumia Abu Jamal et d¹autres personnes qui incarnent aujourd¹hui l¹insoumission, il fait un procès à toute la résistance à sa politique qui est la même que celle de Bush. C¹est là qu¹il montre le lien qui existe entre la peine de mort et la guerre contre le terrorisme.

Tu te définis comme une militante féministe. Que signifie être féministe aujourd¹hui et quelles sont les tâches actuelles du mouvement féministe ?

Ce sujet me tient beaucoup à coeur. Mais je te préviens, ma définition du féminisme n¹est pas très conventionnelle. Je vois le féminisme comme un outil, pas seulement pour aborder les questions femme mais pour aborder toutes les questions politiques sans être déterminé par les frontières idéologiques établies par le système capitaliste. Par exemple je n¹ai aucune lutte ou analyse commune à développer avec Condolezza Rice qui est pourtant une femme noire comme moi. Pour moi, il faut penser ensemble le genre, la race, la sexualité et la classe. Il ne faut pas considérer comme séparés dans les luttes, les problèmes des hommes et ceux des femmes. Le féminisme est pour moi un outil d¹analyse qui me permet, par exemple, de faire le lien entre la peine de mort aux USA et la guerre contre le terrorisme. De considérer le rôle des femmes comme le même que celui des hommes et surtout de nous sortir des schémas du système qui nous pousse à nous identifier à une catégorie sexuelle, raciale ou autre qui ne permet pas de résoudre la contradiction dans laquelle je suis face à Condolezza Rice. Logiquement, et c¹est une bataille féroce dans le mouvement féministe, je suis contre les schémas du féminisme se réclamant de l¹ »universel », de la lutte dans l¹intérêt de toutes les femmes. En effet, dans ces cas là, « universel » veut dire « blanche » et, cela n¹est donc absolument pas universel. Je puise cette analyse dans le mouvement féministe historique et surtout dans le marxisme. Mon objectif est de construire le socialisme et le marxisme est l¹outil qui permet cela dans la vie et les luttes de tous les jours.
Aujourd¹hui encore, interviewer Angela Davis est un événement pour n¹importe quel militant parce que tu fais encore partie, après des années et des années, du camp de ceux qui luttent contre ce système. Quel est ton moteur ?
Je ne suis pas une icône, je suis comme n¹importe quel individu qui lutte mais, si une image me colle à la peau c¹est celle du mouvement Noir. Si c¹est ça qui fait d¹une rencontre avec moi un événement alors c¹est que la lutte que nous avons menée pendant des années est toujours une inspiration pour la jeunesse d¹aujourd¹hui et que nous n¹avons rien fait en vain. C¹est cette jeunesse qui est mon vrai moteur depuis des années. Ça l¹a toujours été, même lorsque j¹étais jeune moi-même. Aujourd¹hui, on assiste à une grande effervescence intellectuelle et politique chez une jeunesse qui réinvente des stratégies originelles et créatrices pour changer le monde, c¹est ça qui me porte. Cette jeunesse veut changer le monde et le socialisme a besoin de ces luttes pour se construire. Mon objectif n¹a pas changé et la jeunesse est plus révoltée et plus créative que jamais. C¹est elle qui me permet de continuer à avancer.

Bibliographie d¹Angela Davis et du mouvement noir américain
Angela Davis, Femme, race et classe, Edition du M.L.F. Angela Davis, Autobiographie, Livre de Poche. Carles et Comolli , free jazz black power, Folio. George Jackson, les frères de Soledad. Howard Zinn, une histoire populaire des Etats-Unis, Agone. Malcom X , ultimes discours, l¹esprit frappeur. Malcom X , autobiographie.

 

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Date de dernière mise à jour : 2018-08-17